Le Nu privé de sa vérité

 

 

Je n’ai pas envie d’interroger les algorithmes afin de savoir s’ils ont eu raison des chefs-d’oeuvres une bonne fois pour toutes. Ceux-là même dévoilant des corps qui ont droit à une censure automatique, systématique. Censure presque risible si elle avait été reconnue comme une erreur  mais non, elle perdure.

 

Je n’ai pas envie de m’interroger sur le sens donné à la reconsidération esthétique du nu aujourd’hui.  Parce qu’il ne m’apparait pas que ce soit ici l’esthétique à reconsidérer.

 

Je n’ai pas envie de m’interroger sur la docilité, l’inaction ou l’obéissance des artistes résolus à montrer coûte que coûte leurs travaux sur les réseaux sociaux en acceptant de « flouter » (nouveau verbe) le bout des seins de leur modèle afin que la publication soit acceptée ; parce que j’ai déjà la réponse.

 

Je n’ai pas envie que le nu devienne une action politique malgré qu’il le soit déjà.

 

Je n’ai pas envie de faire de comparaison avec le sentiment de liberté éprouvé par tous les amoureux du naturisme parce qu’il n’y en a manifestement pas.

 

Je n’ai pas envie de rappeler toutes celles et ceux qui auraient ouvert des portes sur l’émancipation des corps alors que ces portes nous sont claquées en pleine figure.

 

Alors le nu n’aurait-il que la pornographie comme avenir, redéfinit comme ce qu’il n’est pas, au delà de la chair, d’un simple corps parfois pourtant si encombrant ? Serait-il associé d’emblée à une sexualité qui ne serait pas universelle pour souhaiter cacher ces corps ? Ces corps censurés sont-ils plutôt féminins ? Devrions-nous davantage travailler sur le nu masculin ? Mais aussi sur tous les nouveaux corps qui se veulent différents ?

 

L’histoire du nu dans la Grèce antique nous rappelle là où les grecs définissaient la vulgarité.  Basée sur des croyances erronées, la biologie d'Aristote amène à faire adopter culturellement  dans les esprits l’image « idéal » du pénis de l’homme qui se doit d’être de taille moyenne.

 

Dans ses recherches extrêmement riches et précieuses, l’auteur Thomas Laqueur rapporte les propos du philosophe Aristote(1) ainsi :

 

Un gros pénis, que l’on pourrait croire propre à rendre un homme plus virile, est au contraire un handicap  : (1) « ces hommes sont moins féconds que ceux qui l’ont (le pénis) de taille moyenne parce que le sperme froid n’est pas fécond » (…) Un gros pénis était réputé comique dans l’art et le théâtre grecs antiques.

 

...

 

 

 

Je fus extrêmement surprise lorsque la présentation de l’une de mes oeuvres (réalisée spécialement pour une exposition itinérante organisée par Amnesty Internationale) posa problème. Artiste hyper sensible et pudique, je n’imaginais pas que l’oeuvre ci-contre appelée  "Enfin", puisse empêcher son accrochage.  Pourtant, il me fut renvoyé les hésitations de certains responsables de sales d’exposition craignant une quelconque hostilité de la part du public. 

 

 

- ça fait du bien de se sentir libre ! 

Peut-on lire en commentaire sur Google concernant le plus grand centre de naturistes d’Europe basé dans le sud de la France. Il semblerait que la liberté de mouvement que l’on ressent sans vêtements ainsi que le sentiment d’égalité, l’uniforme tombé,  suffisent à rendre heureux un grand nombre de personnes. 

 

Personnellement, je me promets de reprendre ce que j’ai commencé.

Car moi je veux « la vérité nue à voir »(2) . Je veux des corps désirants et désirés, des corps meurtris, affaiblis usés, des corps enchantés, pliés, hissés, tombés, allongés. Des corps à corps bon sang !

 

(2) Extrait de la chanson « La Man » de Christophe.

 

Oeuvre en couverture illustrant l'article : "EROS 2".

Écrire commentaire

Commentaires: 1
  • #1

    Lili (samedi, 14 décembre 2019 09:51)

    Je suis super d'accord avec toi ! Bravo !