Medusa, le Mythe qui désuni ou unifie ?

M E D U S A

 

Le Mythe qui désuni ou unifie ?


 

Dans la Grèce antique, le mythe de Méduse est vraiment terrifiant. 

 

Lorsque je découvris le destin tragique de l’une de ces trois soeurs appelées les Gorgognes, je fus sidérée non seulement par l’horrible injustice qui lui fut faîte, mais aussi par le déchaînement de violence manifestée à son encontre. Violence exécutée tout d’abord par une déesse… Athéna.

 

L’une des versions les plus répandues, conte l’histoire du dieu Poséidon séduit par la beauté de la jeune Méduse qu’il viole dans le temple d’Athéna. Cette dernière offensée la transforme en créature monstrueuse pour la châtier de son sacrilège - certaines versions expliquent la colère d’Athéna par un comportement très séducteur de Méduse qui aurait sciemment attiré Poséidon dans le temple d’Athéna afin de faire l’amour. 

Le sort de Méduse sera de recevoir le pouvoir mortel de changer en pierre quiconque la regarde dans les yeux. Il reviendra, plus tard, à Persée de la tuer. 

 

Dans son manifeste « Women and Power. A manifesto », Mary Beard, évoque la sculpture de Benvenuto Cellini où Persée, après avoir tranché la tête de Méduse, la tend à bout de bras, fièrement dressé sur le corps sans vie de Méduse qu’il piétine. 

 

L’auteure interroge, ironique, en légende : Triomphe héroïque ou misogynie sadique ?

 

L’auteure rappelle encore que ce mythe (et particulièrement l’image de la décapitation) est encore utilisé comme le symbole d’opposition au pouvoir des femmes. Preuve en était durant les élections présidentielles américaines où Hilary Clinton se vit affublée de serpents sur la tête et d’un visage grimaçant dans un montage photographique réalisé par l’opposition de Trump.

 

Mais le mythe de Méduse m’apparait bien plus complexe et plus simple à la fois. Il offre des pistes sur les autres configurations que celles fixées par des normes binaires du genre. Pour paraphraser Anne Fausto-Sterling dans son brillant essai « Les cinq sexes - Pourquoi mâle et femelle ne sont pas suffisants » (disponible chez Payot). Elle rappelle que « l’insistance sur le genre encourt le risque de perdre de vue le sexe, c’est-à-dire les corps » (p.18)

 

 

 

Je fus éclairée par la description que fit Mary Beard d’Athéna et sa position (toujours dans son livre « Women and Power. A manifesto ») :

 

(p.86) « (…) Athéna figure du côté féminin, dans le contexte antique, il est crucial de voir en elle un autre de ces êtres hybrides complexes. Au sens grec, elle n’est pas du tout une femme (…) elle est vêtue pour le combat en un temps où la guerre est une activité exclusivement masculine (…) elle est vierge en un temps où la raison d’être du sexe féminin est d’élever de nouveaux citoyens (…) Elle n’a même pas été enfantée par une femme, étant sortie directement du crâne de son père, Zeus. Tout se passe comme si Athéna, qu’elle soit une femme ou non, nous offrait un aperçu d’un monde masculin idéal dans lequel on peut non seulement maintenir les femmes à leur place, mais où l’on peut aussi se passer totalement d’elles ».

 

Avant de statuer sur ce que nous offre l’image d’Athéna (« un aperçu d’un monde masculin idéal »), il me semble que Mary Beard en précisant uniquement « Athéna, qu’elle soit une femme ou non », oublie d’énumérer d’autres cas de figure afin d’éclairer la dualité d’Athéna « qu’elle soit un homme ou non », « qu’elle soit homme et femme » ou « qu’elle souffre de ne pouvoir être les deux », renverrait ainsi au corps avant le genre et aux fantasmes du corps.

 

 

Sans m’étendre davantage ici sur ma propre théorie, il est intéressant de noter cependant qu’à la définition du mot Hystérie dans l’édition du Larousse de 2010, le pochoir de la street artiste MissTic a été utilisé pour l’illustrer ainsi : « Redouter l’hystérie guerrière des hommes ».

 

Pochoir à découvrir en cliquant sur le lien ci-dessous :

https://www.larousse.fr/encyclopedie/images/Hystérie_par_Miss_Tic/1309874

 

 

Si le mythe de Méduse est vraiment terrifiant, il devrait l’être tout autant pour les femmes que pour les hommes. Car si l’homme est l’incarnation d’une épouvantable violence dans la scène de mise à mort de Méduse, par décapitation ; elle obéit en amont à l’instrumentation de la violence féminine, plus particulièrement la représentation d’une divinité (celle qui détient tous les pouvoirs, celle qui met au monde, la femme). Mais l’homme comme la femme sont retenus et envahis par d’innombrables désirs. Et celui de posséder est peut-être le désir le plus destructeur qu’ils partagent.

 

Ma vision de Méduse ne pouvait se parer de serpents ou de cris. Méduse est pure et innocente. Belle et séduisante. Elle se meure dans un océan de désirs. Ceux dont elle a été privée par Poséidon. Les yeux aussi vides que l'océan est profondément bleu.

 

 

 

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