S'exposer sous quelles conditions ?

 

S’EXEPOSER SOUS QUELLES CONDITIONS ?

 

L A  R U E E  V E R S  L’O R  D E S  A R T I S T E S

 

Les salons et foires d’art contemporain se multiplient. Agences évènementielles et entreprises privées semblent se disputer un marché laissé béant par la faillibilité de la Maison des Artistes et l’inorganisation des artistes eux-mêmes afin de promouvoir leur travail. 

 

« Institution associative », la Maison des Artistes a tellement échoué dans la communication de sa mission qu’elle participe encore aujourd’hui a semer la confusion dans l’esprit et le comportement de nombreux artistes qui ne voient pas l’intérêt « d’adhérer » à « cette Maison des Artistes » comme s’il s’agissait d’un syndicat ou d’une association de loisirs… alors que cette association diligentée par l’état pour recueillir les cotisations sociales dues par les artistes, est incontournable pour exercer.

 

Face à une forte demande des artistes en mal de visibilité, et le constat de l’existence de peu de lieux pour exposer, des offres d’organismes privés ont donc vu le jour proposant des espaces à louer tout inclus… sauf la présence assuré du collectionneur .

Un nombre croissant de foires d’art contemporain a été constaté. Organisées dans des parcs d’exposition,  des palais des congrès de grandes villes, ou des salles annexes de lieux dit prestigieux (Louvre, Festival de Cannes…), toutes ces nouvelles foires ont rencontré semble-t-il un certain succès auprès des artistes. Moi-même, comme je le rappelai dans un précédent article,  je fus convaincue de la nécessité d’aller rencontrer un public plus attentif à ma démarche artistique en allant exposer à Bruxelles. La Foire d’art contemporain étant associée à un salon de design et de décoration reconnu, le public ciblé s’élargissait.

 

Mais cette première expérience fut extrêmement douloureuse. Elle s’inscrivait dans le début d’un mouvement de contestation sociale en France qui allait faire des morts, des accidentés et des suicidés. L’accès jusqu’à Bruxelles n’est pas aisé puisque des routes sont bloquées. 

 

La Foire d’art contemporain est désertée autant que le salon de design. Pas de visiteurs. Pourtant, ce qui se passe en France n’est pas la cause de ce qui ne se passe pas en Belgique. L’organisateur est critiqué. 

 

 

En plus d’une souffrance affective incommensurable à surmonter en parallèle, j’ai senti comme une déflagration se répandre dans mon cerveau. Je crois que je vivais mon second burn-out. Celui qui enflamme toutes les parties de ma raison au lance flamme pour anesthésier sans griller ce qui me reste de système nerveux pour me tenir debout. Je suis vidée de tout des jours durant. Ma rencontre avec un agent d’artistes quelques semaines plus tard empire les choses. Il me déclare que certaines sociétés organisatrices de ces foires d’Art proviennent de l’industrie du Porno. Je suis saisie. Je ne sais pas si cela est vrai mais je le crois. Lorsque je lis un article sur le groupe MindGeek - géant du porno en ligne - dont le siège est basé au Luxembourg, je comprends bien que l’industrie du porno s’est diversifiée et a financé différentes activités plus ou moins honnêtes. Elle est surtout comme l’industrie du tabac, celle qui gâte la pomme et celle qui prône vouloir protéger la pomme - Création d’une fondation bien charitable à l’appui, reversant des sommes faramineuses pour la recherche contre le cancer pour se créditer.

 

S'exeposer ou s'exposer ?

 

Je m’en veux terriblement en plus de ressentir un fort sentiment de dégoût. Mais à qui ai-je donné mon argent ? Comment ai-je pu me fourvoyer à ce point !

 

 

Le monde de l’art est un monde d’argent. Le problème ce n’est pas l’argent mais la façon dont il circule et la valeur que chacun lui attribue.

 

Il suffit de regarder de nouveau le documentaire de Marianne Lamour « La Ruée vers l’Art » pour comprendre qui fait les artistes et ce qui constitue l’accélération du marché de l’art (bande annonce ci-dessous).

 

https://www.youtube.com/watch?v=_sLCerPgLfI

 

 

Alors que se passe-t-il ?

Pourquoi, nous, Artistes, ne parvenons pas à nous regrouper, solidaires, en un immense mouvement afin d’organiser le plus grand Salon d’art contemporain annuel de France jamais organisé auparavant ? Une sorte de nouveau Salon des fauves à vocation de réhabilitation. Réhabilitation d’une dignité égratignée et d’un respect égaré. Un salon où nous serions les seuls maîtres, les seuls organisateurs, tels les héros du festival musical de Woodstock dont personne n’imaginait le succès ! Loin des DRAC ou FIAC et FRAC en friche, en dehors de toute institution qui paralyse. Seuls sauvages et sauvageonnes à bord. Un peu plus irrévérencieux et désobéissants. Joyeux et fous. Authentiques et passionnés.  

 

Des mois plus tard, j'ai repris mon appareil photo en mettant en scène ma vision de la perte de l'innocence. C'était ce que m'avait inspiré cette mauvaise expérience. Une nouvelle perte d'innocence si importante à mes yeux dans le processus créatif. Innocence attardée même dans l'âge adulte. Le mien. Corrompu. Les clichés de la série "Loss of innocence" me bouleversèrent durant plusieurs jours. Ils avaient été réalisés après une nuit agitée, comme ça, spontanément en sachant exactement ce que je voulais photographier... en forêt. Mais je l'exposerai plus tard, lors d'un prochain article.

 

Photo d'illustration de l'article "Plastic Love" from Modern Love - Betty Pepper - 2014.

 

 

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