De la moisissure à la peinture

 

Le sentiment de se sentir gâchée est un sentiment épouvantable. Une pensée extrêmement  « limitante ». Elle s’est exercée sur moi comme un poison pendant de longues années. Je ne me sentais pas à ma place à de multiples endroits. Un empêchement de devenir mais aussi de rester moi. Car malgré qu’il ne fut pas autorisé à s'exprimer durant l’enfance, un tempérament joyeux était encré en moi. L’humour et le rire étaient les plus beaux cadeaux que je puisse offrir à mes amis.

 

Mais les conflits de loyauté peuvent se poursuivre longtemps jusqu’à l’âge adulte… à la hauteur des dégâts qu’ils ont commis dans la période innocente de la jeunesse, alors privée de ses rires et de sa légèreté par respect pour le « Saint Père » souffrant. Car il s’agit bien de ceci, de loyauté. Oui mais envers qui ? Envers quoi ou quel principe ?

 

Si je n’étais pas à ma place, j’étais peut être une fille d’un autre univers ?

 

De 2014 à 2015, j’ai donc pris en photo les étapes de la putréfaction pour y trouver des planètes colorées et vivantes.

 

Pour y voir la Terre que cet engrais naturel allait fournir à une nouvelle Vie

 

Je laissais le processus de moisissure s’installer sur les fruits et légumes oubliés dans mon réfrigérateur.

 

Ce fut un stade expérimental primaire, dont la compréhension m’apparue plusieurs années après le début de mon travail analytique.

 

Il fallait - encore une fois - que je me récupère à un endroit. Que j’agisse sur ce qui me déplaisait. Que je puisse transformer l’extérieur afin de restaurer l’impact destructeur sur mon intérieur.

 

Créer de la beauté, tout simplement pour ne pas être dépossédée de ma sensibilité. Pour ne plus donner le pouvoir à quelque chose qui ne m’appartient pas.

 

"Je peux être ce que je veux"

 

 

Chasser les pensées morbides. Oublier mes doutes. Me réconcilier avec des peurs imaginaires  en les mettant au service de la création de ma propre vision esthétique. Donner un sens au cycle de la vie en dépassant la peur de la mort. 

 

Se réconcilier avec soi en somme. Réconciliation au centre du principe de résilience.

 

C’est alors que je compris ma confusion le jour où j’écrivis cette phrase de présentation sur un portfolio :

 

« Je ne vois rien à l’extérieur qui pourrait expliquer ce qui se passe à l’intérieur » 

 

Car si mon intérieur se construisait en fonction de la définition de mes propres perceptions, il s’était nourrit de représentations extérieures fortement erronées prises pour vérité et participant à déformer un intérieur, à la base serein et heureux.

 

J’ai étendu mes expérimentations en photographiant la graisse de cuisson puis l’oxydation et tenter de réinventer  sans cesse de nouveaux paysages. Ici, principalement, en prenant la clémentine comme objet. J'ai effacé beaucoup de ces clichés et de ces créations.

 

Car si finalement ses travaux n’ont pas grande valeur artistique, ils démontrent sûrement le temps et le cheminement nécessaires dont l’artiste a besoin pour « être pleinement disponible » dans son processus créatif, inévitablement traversé - plutôt qu’interrompu - par des étapes « traverses » qu’il doit expérimenter pour continuer à se dépasser.

 

 

C’est aussi ça la beauté, la générosité avec soi-même !

 



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