Faire de la peinture sans peindre

Un jour de février 2016, je fus attirée par la couverture d’un magazine d’Art que je n’avais pas l’habitude d’acheter. Je n’achetais d’ailleurs aucun de ces magazines d’Art où alors que rarement pour ne pas être distraite dans le développement de ma propre démarche artistique et être découragée. Plus encore, je savais que je pouvais renoncer à son expérimentation sous prétexte que d’autres l’avaient déjà fait - Cet « Autre » toujours encombrant lorsqu’il est en dehors de soi - Alors je m’abstenais.

 

Le magazine en question, L’oeil, titrait en gros caractères : « Les artistes qui réinventent la peinture ».

 

Un dossier d’une douzaine de pages était consacré à « faire de la peinture sans peindre » et abordait la photographie ainsi :

"De la peinture de chevalet à internet". 

 

 

 

 

 

Je fus éblouie par la légitimité de ce que j’étais moi aussi en train de penser. Je voulais brouiller les pistes, perturber la perception extraordinaire de nos représentations ordinaires. Le matériau photographique comme outil et le Plexiglas comme médium.

 

Je me suis toujours sentie femme résolument moderne attirée par toutes les techniques permettant une formation de l’image autrement. Malgré un certain manque d’assurance que je montrais encore pour ma personne, j’étais au contraire très confiante dans les choix artistiques que je faisais. Inscrire une oeuvre, MON oeuvre, sur un matériau tel que le  verre ou le Plexiglas relevait d’un modernisme, d’un aveu de fragilité éloquents. Et surtout d'un orgueil...

 

Je tentais plusieurs techniques. On me prit pour une folle lorsque je lançais l’impression de mon premier Diasec réalisé en Belgique. Peut être parce que je n’avais pas reçu le meilleur pour moi-même, je voulais donner le meilleur pour mon art. C’était là que je pouvais me récupérer. A cet endroit, celui que je m’interdisais : l’Art et le plaisir dans l’Art.

 

Le Diasec est un procédé déposé de préservation de l’image de très haute qualité utilisé par les Musées. L’assemblage sous Plexiglas de l'image imprimée sur papier Beaux Arts n’utilise aucune colle. Cette technique empêche tout dépôt de poussière sur l’image, de dégradation par moisissure ou autre. Une beauté technique. Un luxe.

 

L’exaltation que je ressentais à sa réception fut sans commune mesure. Elle me donna l’impression de combler dix ans de vie d’ennui. L’ennui et le désespoir que je me portais en ne parvenant pas à faire sauter ces premières résistances. Aller vers mes désirs, tout simplement.

 

« Submarine Disorder » était née (photo d'illustration de l'article). J’eus une énorme fierté. Car je me sens toujours rattrapée par mon « origine » avec le sentiment que je dois en faire plus.

 

J'expérimentais aussi l'impression directe sur la face transparente d’un Plexiglas. Jouer avec l'épaisseur de la résine allait me permettre de gagner en profondeur.

 

Je trouvais dans cette dernière technique ultra moderne un nouvel éclat des couleurs et une réelle profondeur que je n’aurais pu atteindre autrement. J'étais fascinée. Il y avait quelque chose d’organique, de vivant grâce aux rayons du soleil qui avaient le pouvoir de transformer la perception de l’image lors de leurs passages sur le plexi imprimé. Un médium pareil et une nouvelle génération d’encres résistant aux UV étaient à mes yeux un miracle. C'était la possibilité également d'exposer l'oeuvre à la pluie sans crainte.

 

« Gold Temptation » et tous les autres suivirent. Associée à un Plexiglas noir au dos et montée sur châssis en aluminium, chaque réalisation m'apporte une énorme satisfaction dimensionnelle plastique.

Aujourd'hui, je m'entends dire comme une enfant émerveillée : "Je veux avancer. Je veux me dépasser. Je veux me sentir sans limites. Tant d’expérimentations m’attendent. Et je sais quelle sera la prochaine : la peinture animée".

 


"Gold Temptation" - 120x80cm - 2015


"Déesse avec des bleus à l'âme" - 120x80cm - 2017


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